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Voici quelques articles résumant assez bien l'influeunce de l'Opus Dei dans le Monde, son financement, ses objectifs.
A noter toutefois que dans l'article du Monde Diplomatique ci-dessous, datant de 1995, il est dit que le Pouvoir de l'Opus Dei est faible pour ce qui est de la France.
Ce qui est totalement faux, du moins aujourd'hui en 2008. L'actualité Nouvelordremondialiste est d'ailleurs assez édifiante sur ce point.
Cela dit le reste de l'article reste très instructif...



Septembre 1995

GARDE BLANCHE DU VATICAN
La troublante ascension de l’Opus Dei


par François Normand - Journaliste


Si l’intégrisme musulman fait la « une » des journaux, les activités de la droite chrétienne s’effectuent souvent dans l’ombre, comme en témoigne la troublante ascension de l’Opus Dei. Milice religieuse au comportement de secte, héritière d’un anticommunisme militant, puissance à la fois économique et politique, l’OEuvre exerce une influence multiforme sur l’Église, mais aussi sur les pouvoirs temporels, qu’elle cherche à infiltrer. On retrouve ses proches jusque dans le gouvernement de M. Alain Juppé. Mais cette garde blanche du Vatican, très liée au pape Jean Paul II dont elle a permis l’élection, suscite aussi des résistances. Au nom de leur foi, bien des chrétiens rejettent la « dictature spirituelle » de l’OEuvre et craignent que cette « arme du pape » ne soit à double tranchant et ne se retourne un jour contre lui.

Par une politique de nominations épiscopales qui ne tient guère compte des souhaits exprimés par les Eglises locales, Jean Paul II mène son entreprise de restauration, utilisant tous les moyens à sa disposition : doctrinal, disciplinaire et surtout autoritaire, avec l’aide d’un certain nombre de mouvements « musclés » traditionalistes, souvent sectaires et politiquement à droite, tout à sa dévotion.
Ils font partie du « renouveau charismatique » ou ont pour noms : Comunione e Liberazione, organisation italienne née dans les années 70 ; les Focolari, mouvement lancé en 1943 à Trente ; le Néocatéchuménat, fondé à Madrid en 1964 ; les Légionnaires du Christ, groupe ultra-secret constitué au Mexique dans les années 40, et surtout l’Opus Dei (l’« OEuvre de Dieu »).
Ce dernier mouvement fut créé en 1928 par le Père Escriva de Balaguer. L’Opus Dei, qui jouit de l’appui inconditionnel de l’évêque de Rome, s’infiltre dans tous les échelons de la hiérarchie catholique.
Est-il l’arme secrète du pape dans la reconquista catholique ou Jean Paul II est-il le prisonnier inconscient de cette « mafia blanche » dans sa propre conquête du pouvoir ? Le président Jacques Chirac a-t-il nommé des membres de l’Opus Dei au gouvernement de M. Alain Juppé ?
La question peut paraître saugrenue, sachant le peu d’attrait du fondateur du RPR pour la « chose cléricale », mais la composition du gouvernement devait satisfaire les nombreuses composantes de la droite française qui avaient soutenu la candidature du maire de Paris, dont le puissant lobby catholique conservateur. Si on a souligné la proportion relativement élevée de femmes dans ce cabinet _ douze ministres ou secrétaires d’État sur quarante-deux membres _, on a moins relevé la coloration bien-pensante de ces ministres.
Mme Colette Codaccioni, ministre de la solidarité entre les générations, mère de cinq enfants et ancienne sage-femme, se définit comme « chrétienne et pour l’éducation à la vie » ; Mme Elisabeth Dufourcq, secrétaire d’État à la recherche, est l’auteur d’une thèse sur les congrégations religieuses féminines, dont elle a tiré un livre intitulé Les Aventurières de Dieu ; Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d’État aux transports, est la fille de l’un des pères fondateurs du Mouvement républicain populaire (MRP), parti catholique, et militante elle-même de leur héritier : le Centre des démocrates sociaux (CDS) ; et Mme Françoise de Veyrinas (CDS), secrétaire d’État aux quartiers en difficulté, est issue d’une famille toulousaine catholique militante.
On peut s’interroger sur l’entrée au gouvernement et dans les cabinets de deux personnes « proches » sinon membres de l’Opus Dei : M. Hervé Gaymard, secrétaire d’État aux finances, et son épouse, Mme Clara Lejeune-Gaymard, directeur de cabinet de Mme Colette Codaccioni, fille du professeur Jérôme Lejeune (décédé en 1994), fondateur du mouvement antiavortement Laissez-les vivre, nommé par Jean Paul II au Conseil pontifical pour la famille et membre de l’Opus Dei.
Un autre gendre du professeur Lejeune, le philosophe Jean-Marie Meyer, ne cache pas son appartenance à l’OEuvre. Il est également membre du Conseil pontifical de la famille. Selon la revue catholique Golias (1), « la fille et le gendre du professeur Lejeune sont à l’Opus Dei », et l’affirmation est reprise par la revue Maintenant : « Jacques Chirac a placé l’opusien Hervé Gaymard [député de la Savoie] dans son équipe de campagne présidentielle. »

Qu’il soit impossible de vérifier n’est guère surprenant : le mouvement cultive le secret depuis ses origines.
Dans les constitutions (secrètes) rédigées en 1950, l’article 191 précise : « Que les membres numéraires et surnuméraires sachent bien qu’ils devront toujours observer un silence prudent quant aux noms des autres associés ; et qu’ils ne devront jamais révéler à quiconque qu’ils appartiennent eux-mêmes à l’Opus Dei. »
Lorsque les constitutions furent connues (2), devant les critiques répétées, de nouveaux statuts furent rédigés en 1982 où on peut lire (article 89) : « [Les fidèles de la Prélature] ne participeront pas collectivement aux manifestations publiques de culte comme les processions, sans pour autant cacher qu’ils appartiennent à la Prélature. »
Prête-noms et sociétés écrans MALGRÉ cette apparente concession à la transparence, l’Opus continue de pratiquer le secret, d’utiliser prête-noms et sociétés écrans, sous prétexte d’« humilité collective » et d’« efficacité apostolique » ! « Parce qu’il se refuse à toute transparence, l’Opus Dei excite la curiosité et l’hostilité, suscitant même quelquefois des fantasmes de complot. (3) » Nombreux sont ceux qui sont donnés comme membres ou sympathisants.
M. Raymond Barre a témoigné au procès de béatification d’Escriva de Balaguer, attestant les « signes de sainteté » du fondateur de l’oeuvre.
Dans l’entourage de M. Philippe de Villiers, on désigne Mme Christine Boutin, secrétaire national du CDS et député des Yvelines, le prince Michel Poniatowski, ancien ministre de l’intérieur, et Mme Françoise Seillier, coordinatrice des très réactionnaires associations familiales européennes.
Dans le monde des affaires, on cite les noms de ceux qui ont donné des conférences au Centre Garnelles de l’Opus, à Paris : M. Claude Bébéar, le patron du groupe des assurances AXA, M. Michel Albert, patron des assurances AGF, M. Didier Pineau-Valencienne, PDG du groupe Schneider et M. Louis Schweitzer, patron de Renault.
Plusieurs familles royales d’Europe auraient montré de la sympathie pour l’Opus : Otto de Habsbourg en fit la propagande, alors que l’archiduc Lorenz d’Autriche en serait membre. Le roi Juan Carlos de Bourbon fut élevé par des prêtres de l’oeuvre tandis que le secrétaire de sa femme Sofia appartenait au mouvement.
Le président du Comité international olympique, M. Juan Antonio Samaranch-Torello, ancien ministre de Franco, en fait également partie.
La discrétion, qui sert d’une part à faire du prosélytisme auprès des jeunes à l’insu de leurs familles (voir encadré page 23) et d’autre part à tisser une toile invisible dans tous les secteurs de la société, s’explique d’abord par le contexte où est né l’Opus Dei, dans l’Espagne franquiste.

Fondée à Madrid en 1928 par un jeune prêtre, Josemaria Escriva de Balaguer, cette « OEuvre de Dieu » ressemble quant à son but _ sanctifier le travail de tous les jours _ aux mouvements d’Action catholique qui voient le jour en France et en Belgique à la même époque.
Née dans les années précédant la guerre civile espagnole, l’Opus Dei reste fortement marquée par ce contexte, ce qui explique son attachement inconditionnel à l’appareil ecclésiastique préconciliaire, sa haine obsessionnelle du communisme et son goût immodéré pour la clandestinité.
Bien qu’Escriva de Balaguer ait prétendu avoir « découvert » le principe de la sanctification de la vie quotidienne, l’idée est aussi vieille que l’Évangile. Beaucoup de saints l’ont enseigné, comme la carmélite Thérèse de Lisieux.

Très vite, l’inspiration première de l’Opus a été pervertie par la personnalité de son fondateur : petit-bourgeois, ambitieux, coléreux et vaniteux (4). Le secret de son succès ? Une fougue et un charisme personnel qui subjuguaient ses proches.

La première perversion fut la « cléricalisation » de l’OEuvre.

Elle se prétend toujours « laïque » mais ce sont les prêtres qui détiennent le vrai pouvoir et occupent tous les postes de commandement. Et les non-clercs, qui représentent 98 % des membres, sont présentés comme « des gens ordinaires, qui vivent dans le monde » mais ressemblent plus à des religieux, par leurs « voeux » (rebaptisés « liens contractuels ») de pauvreté, chasteté et obéissance, qu’à des laïcs (5).
Beaucoup plus préoccupés de droit canon que de théologie, Escriva et ses disciples ont constamment manoeuvré pour faire reconnaître à l’Opus le statut juridique qui lui convient le mieux. D’abord défini comme « pieuse union » réunissant des laïcs, l’Opus Dei est devenu, en 1947, le premier « institut séculier » de l’Eglise (6), avant d’arracher à Jean Paul II _ bien plus favorable à l’OEuvre que ses prédécesseurs Jean XXIII et Paul VI _ le titre convoité de « prélature personnelle » (7). Ce statut enviable, taillé sur mesure pour l’Opus, lui accorde les attributs d’un véritable diocèse sans la limitation territoriale. L’actuel prélat de l’Opus, Mgr Javier Echevarria Rodriguez, évêque titulaire de Cilibia, relève directement du pape, soustrait à l’autorité des évêques diocésains, malgré la fiction qui veut que les membres laïcs de l’Opus dépendent toujours juridiquement de leur évêque.

La deuxième perversion fut politique.

Le jeune Escriva de Balaguer vécut la guerre civile en Espagne comme une lutte entre catholiques et communistes, en qui il voyait l’incarnation du mal.
Sa vision du monde en fut déformée et, tout comme Pie XII, il minimisa l’horreur du nazisme, et même la gravité de l’holocauste, y voyant un rempart « providentiel » contre le communisme. Vladimir Felzmann, ancien membre de l’Opus, rapporte une conversation avec Escriva qui en dit long. Après avoir maintenu que le christianisme avait été sauvé du communisme par la prise de pouvoir du général Franco avec l’appui du chancelier Hitler, il ajouta : « Hitler contre les juifs, Hitler contre les slaves, c’était Hitler contre le communisme. »
Cette indulgence pour le fascisme mène à l’engagement de l’Opus dans le franquisme. En fait, les sentiments de Franco envers Escriva, qu’il avait connu jeune curé, étaient ambigus. Dans sa biographie romancée de Franco (8), Manuel Vasquez Montalban fait dire au Caudillo : « Ayant fréquenté pendant près de vingt ans des membres de cette institution, j’ai pu constater la diversité de leurs choix concrets ; mais, à l’évidence, ils étaient tous marqués du sceau d’une secte élue pour sauver le monde depuis le haut de l’échelle. »
Pour sortir de la crise économique apparue en 1956, Franco s’entoure progressivement de ministres appartenant à l’Opus. Lorsqu’il songe à rétablir la monarchie, en la personne de Don Juan de Bourbon, pour lui succéder, l’Opus Dei mise sur son fils, Juan Carlos, qui est entre les mains d’un précepteur de l’OEuvre, Anael Lopez Amo.
En 1969, Franco proclame Juan Carlos héritier de la Couronne. Quelques mois plus tard, le triomphe de l’Opus est complet : sur 19 ministres du neuvième gouvernement du général Franco, 12 sont membres de l’Opus Dei. Le tournant politique de l’OEuvre est engagé.

La troisième perversion fut théologique.
D’abord, l’accent exclusif mis sur « la sanctification par le travail » (9) favorise le culte de la réussite matérielle et le règne du capitalisme libéral. Ensuite, l’Opus est tombé dans le piège de l’intégrisme. Le théologien Urs von Balthasar (un des maîtres à penser de Jean Paul II qui ne saurait être soupçonné de progressisme) a décrit l’Opus Dei comme « la plus forte concentration intégriste dans l’Église (10) ». « L’intégrisme, écrit-il, s’efforce pour commencer d’assurer le pouvoir politique et social de l’Église, en recourant à tous les moyens visibles et cachés, publics et secrets. » Outre un manque de transparence, l’intégrisme se caractérise par la prétention de détenir la vérité. Or l’Opus est décrit dans la revue interne du mouvement, Cronica, comme « le reste saint, immaculé, de la véritable Église », fondé pour « sauver l’Eglise et la papauté ».
Quatre ans après la fin du Concile, le Père Escriva déplorait un temps d’erreur dans l’Église : « Le mal vient du dedans et d’en haut. Il y a une réelle pourriture, et actuellement il semble que le Corps mystique du Christ soit un cadavre en décomposition, qui pue. »

Mgr Escriva de Balaguer aurait sans doute mieux fait de s’occuper de ses brebis galeuses.
Une série de scandales financiers (11) touchant des membres de l’Opus a révélé au grand public les activités de « la sainte mafia » ou « la franc-maçonnerie blanche », comme l’appelleraient désormais ses détracteurs. Car derrière la fiction d’une association purement spirituelle, « famille pauvre, riche seulement de ses enfants », gravite une nébuleuse de sociétés, de banques et de fondations, dirigées anonymement par des membres de l’Opus.
Dans les années 70, alors qu’Escriva vitupérait l’Église en décomposition, ses amis mettaient en place le réseau financier qui allait permettre à l’OEuvre de jongler avec des millions de dollars. La plus importante de ces institutions est la fondation Limmat, créée à Zurich en 1972, liée à des banques ou fondations en Espagne (la Fundacion General Mediterranea), en Allemagne (la Fondation Rhin-Danube ou encore l’Institut Lidenthal) et en Amérique latine (la Fundacion General Latinoamericana au Venezuela).

Aujourd’hui, l’Opus est tout-puissant à Rome. Son ascension a été couronnée par la béatification de Mgr Escriva de Balaguer par Jean Paul II _ un ami de longue date de l’OEuvre _ en 1992, dix-sept ans seulement après sa mort, à l’issue d’un procès expéditif, où seuls les témoignages positifs ont été retenus.
Déjà évêque de Cracovie, Mgr Karol Wojtyla venait à Rome à l’invitation de l’Opus, qui l’hébergeait au 73, viale Bruno-Bozzi, dans une belle résidence de la banlieue cossue de Rome.
L’Opus a continué à se montrer généreux envers le pape polonais, par exemple en participant au financement de Solidarnosc.
Le cardinal Wojtyla était le candidat de l’Opus à la papauté. C’est le cardinal König, archevêque de Vienne et proche de l’OEuvre, qui a joué un rôle déterminant dans son élection.
Outre le changement de statut et la béatification d’Escriva _ deux décisions qui ont soulevé une vague de critiques à travers le monde _, le pape s’est entouré de membres de l’Opus. Parmi ses proches collaborateurs, on peut citer ses quatre chapelains, Joachim Pacheco, Klaus Becker, Fernando Ocariz et Felipe Rodriguez, son porte-parole laïque, numéraire de l’Opus, M. Joaquin Navarro Valls, et le cardinal Martinez Somalo, ancien substitut proche de l’Opus. M. Alberto Michelini, député national de l’ex-Démocratie chrétienne et membre de l’Opus, est conseiller du Vatican pour les questions de télévision et M. Gianmario Rovero, lui aussi membre, est conseiller financier.
Les congrégations romaines ont également de nombreux membres « opusiens », et celle chargée de la cause des saints, qui a statué sur la béatification d’Escriva, en a trois, dont Rafaello Cortesini, chef de bureau.
Le cardinal Palazzini, ami de l’OEuvre, en était le préfet lorsque la cause d’Escriva fut introduite en 1981, et Mgr Javier Echevarria Rodriguez, l’actuel prélat de l’Opus et successeur d’Escriva, était consultant ! Mieux, le pape a nommé de nombreux membres de l’Opus évêques en Amérique latine (sept au Pérou, quatre au Chili, deux en Equateur, un en Colombie, un au Venezuela, un en Argentine et un au Brésil).
Le Pérou a été choisi comme tête de pont de l’offensive de l’Opus en Amérique latine à cause du rayonnement du théologien péruvien Gustavo Guttierez, « père » de la théologie de la libération, honnie par Escriva et ses disciples.
Le président Alberto Fujimori, proche de l’Opus, est un ami de Mgr Luis Cipriani, archevêque d’Ayacucho, qui dirige l’Opus au Pérou.
En Europe, le cas le plus contesté fut l’imposition de l’opusien Klaus Küng à Feldkirch, en Autriche.
Mais la récente nomination de Mgr Fernando Saenz Lacalle comme archevêque de San Salvador a choqué encore davantage, puisque c’est l’ancien siège du martyr Mgr Oscar Romero, assassiné par l’extrême droite, alors que le nouvel évêque _ un Espagnol de surcroît ! _ appartient non seulement à l’Opus, mais était l’évêque des armées...
A part l’Italie, l’Espagne et l’Amérique latine (y compris le Mexique) sont les régions où l’Opus Dei rencontre le plus grand succès.
En Espagne, si l’OEuvre a dû rester dans l’ombre sur le plan politique depuis l’arrivée au pouvoir des socialistes, elle attend son heure. Avec le retour prochain plus que probable de la droite du Parti popular de José Maria Aznar, un ami de l’Opus, celui-ci aura quatre ou cinq ministres, dont les députés Juan Trillo, Loyola de Palacio et Isabel Tocino. En outre, l’armée est commandée par plusieurs numéraires.
Bien que l’Opus ait trouvé plus de résistance dans les pays non latins, surtout anglo-saxons, il s’implante progressivement aux États-Unis où l’on compte plus de 3 000 membres répartis dans soixante-quatre centres, la plupart situés près des campus universitaires. Plusieurs aumôniers universitaires se sont plaints des « méthodes clandestines » utilisées par le mouvement, ainsi que de son « comportement sectaire » (12).
En Grande-Bretagne, l’Opus maintient un profil bas depuis les révélations, en 1981, de M. John Roche, ancien directeur du mouvement, aujourd’hui professeur à Oxford qui publia dans The Times un sévère réquisitoire contre l’Opus, documents secrets à l’appui. Qualifiant l’OEuvre d’« Église dans l’Église », et « psychologiquement dangereuse pour ses propres membres », il cite des articles de Cronica proclamant que « l’Église catholique s’est écartée de son chemin originel, et que le devoir de l’Opus Dei est de s’étendre dans le monde par tous les moyens. Il n’existe pas d’autre voie de salut ».
En France, le succès de l’Opus est plus mitigé. Malgré les sympathies de plusieurs hommes politiques, l’OEuvre n’a jamais réussi à trouver un parti à sa dévotion, même s’il existe de nombreux centres et associations qui lui sont liés (13).
Mais la nouvelle stratégie de l’OEuvre est d’infiltrer les organisations internationales, comme les Nations unies, l’Unesco ou l’OCDE.
Le Parlement européen à Strasbourg et la Commission à Bruxelles sont ses lieux de prédilection, et le nouveau président de la Commission, M. Jacques Santer, un ami. Des parlementaires européens, comme M. Ignacio Salafranca du Parti populaire espagnol, sont membres de l’Opus, tout comme le Portugais Fernando Perreau de Pininck, membre du cabinet du très libéral Britannique Leon Brittan.
A Bruxelles, l’Opus agit clandestinement, comme à son habitude.
Exemple : le bulletin hebdomadaire Europe Today, en espagnol, français et anglais, envoyé depuis Bruxelles dans le tiers-monde, et notamment en Amérique latine, où il est distribué gratuitement. Se présentant comme « une agence de presse internationale, spécialisée dans la santé, les problèmes de société et l’éducation », il défend les positions les plus réactionnaires de la droite catholique. Le numéro 124, du 2 août 1994, par exemple, titre à la une : « Les méthodes naturelles du contrôle des naissances sont efficaces à 99 % » tandis que les méthodes « artificielles » ne sont sûres qu’à 50 %. Le label Opus Dei n’apparaît nulle part sur cette publication, qui reçoit une subvention de la Commission de Bruxelles. Or le rédacteur en chef appartient à l’Opus tout comme d’autres journalistes accrédités à la Commission.
Autres points stratégiques en Belgique que l’Opus a tenté d’investir : l’Institut Robert-Schuman et l’Université catholique de Louvain. Le premier est une école de journalisme fondée par l’homme d’affaires néerlandais Piet Derksen, proche de l’extrême droite catholique, pour fournir des « journalistes catholiques sûrs » à l’Europe de l’Est et au tiers-monde. Parmi les professeurs on retrouve l’opusien Andres Garrigo, directeur de Europe Today... A Louvain, en revanche, la bataille menée par l’Opus fut perdue grâce à la ténacité du vice-recteur, le Père Gabriel Ringlet. Il a refusé de renouveler le bail de deux résidences pour étudiants ouvertes sur le campus par l’Opus, en interdisant à celui-ci de distribuer sa littérature aux étudiants aussi longtemps qu’il triche sur son identité. Cette décision a été prise à l’unanimité par le conseil d’administration de l’université. « L’Opus ne vise que l’élite de la société, explique le Père Ringlet, ce qui est inacceptable pour notre université. Je ne peux pas voir ma foi là-dedans. La quête de la perfection a quelque chose de très orgueilleux et de malsain. Je ne peux accepter une religion qui lave plus blanc que blanc... la couleur des sépulcres ! Car, au bout du chemin, on trouve toujours l’exclusion, le racisme. En ces temps de montée de l’extrême droite, on ne se prémunit peut-être pas assez contre les dictatures spirituelles. »

C’est bien d’une dictature qu’il s’agit, qui risque de prendre la papauté en otage. Cette « arme du Pape » est à double tranchant et pourrait se retourner contre lui.

François Normand.


(1) Golias, no 30, été 1992, « Le monde secret de l’Opus De i ». BP 4034, 69615 Villeurbanne Cedex. Lire aussi le livre de Gordon Urquhart, The Pope’s Armada, Bantam Press, New York, 1995, qui décrit l’essor des mouvements sectaires à l’intérieur de l’Eglise catholique.

(2) Après des fuites venues des ex-membres de l’Opus, les éditions espagnoles Tiempo S. A. publièrent les constitutions de 1950 dans leur intégralité (en latin et en espagnol), en juillet 1986.

(3) Alain Vircondelet, Jean Paul II, Julliard, Paris, 1994.

(4) La médiocrité de la pensée d’Escriva de Balaguer ressort de son recueil de maximes, El Camino (le Chemin), où la bêtise le dispute au manichéisme. Sa vanité ? A la fin des années 60, il acheta un titre de noblesse : marquis de Peralta.

(5) L’Opus Dei comprend quatre catégories de membres : les numéraires (clercs ou laïcs célibataires, qui s’engagent à la pauvreté, la chasteté, l’obéissance et la vie commune), les agrégés (mêmes engagements, sauf la vie commune), les surnuméraires (laïcs qui vivent « dans le monde » mais contribuent financièrement), les coopérateurs (sympathisants, chrétiens ou non). Selon l’Annuaire pontifical de 1994, l’Opus Dei compte quelque 80 000 membres (1 500 en France) appartenant à 90 nationalités.

(6) Créé en 1947 par Pie XII, l’institut séculier est « une association de clercs ou de laïcs dont les membres, en vue d’atteindre la perfection chrétienne et d’exercer pleinement l’apostolat, pratiquent dans le siècle les conseils évangéliques ».

(7) La prélature « nullius » (d’aucun lieu), ou personnelle, est l’équivalent d’un diocèse extraterritorial.

(8) Manuel Vazquez Montalban, Moi, Franco, Le Seuil, Paris, 1994.

(9) La phrase citée constamment par Escriva : « Dieu a créé l’homme pour travailler » est une interprétation erronée du verset de la Genèse, qui dit en réalité : « Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver » (et non pour « travailler »).

(10) Hans Urs von Balthasar, l’article « Integralismus » in Wort und Wahrheit, 1963.

(11) En 1969, dans l’affaire Matesa, plusieurs centaines de millions de francs ont été détournés vers une société luxembourgeoise, la Sodetex, présidée par le prince Jean de Broglie, trésorier des Républicains indépendants de M. Valéry Giscard d’Estaing et proche de l’Opus. Il fut assassiné peu après, dans des circonstances jamais élucidées. En 1982, un des hommes les plus riches d’Espagne, José Maria Ruiz Mateos, à la tête du consortium multinational Rumasa, est inculpé de fraude fiscale et d’infraction à la réglementation des changes. L’enquête révèle qu’il finançait les activités de l’Opus Dei. Il avoue leur avoir versé 300 millions de pesetas. Le plus grand actionnaire minoritaire de la Banco Ambrosiano, qui connut une banqueroute retentissante en 1982 et dont le directeur Roberto Calvi fut trouvé pendu sous un pont de la Tamise, à Londres était la banque du Vatican, l’Institut pour les oeuvres de religion (IOR), dirigée par l’archevêque Paul Marcinkus, garde du corps du pape. Déclarée « coresponsable » du krach par le contrôle italien des banques, l’IOR accepta de rembourser les créanciers de l’Ambrosiano à hauteur de 260 millions de dollars qui auraient été versés par les banquiers de l’Opus, avant d’obtenir de Jean Paul II la prélature personnelle, en novembre de la même année.

(12) Mme Dianne DiNicola, dont la fille Tammy est une « rescapée » de l’Opus, a créé une association Opus Dei Awareness Network (ODAN, réseau pour connaître l’Opus Dei), afin de conseiller les parents désemparés.

(13) Une trentaine, à Paris, Lyon, Marseille, Aix-en-Provence, Toulouse, Grenoble et Strasbourg, une école technique hôtelière, ainsi qu’un centre international de rencontres au Château de Couvrelles, une maison d’édition (Editions du Laurier) et un dédale de sociétés anonymes qui servent d’écrans aux activités de l’OEuvre (Saidec, Socofina, Acut, Sofico, Trifep...)

Source : Le Monde Diplomatique



Résumé historique


1928. 2 octobre : au cours des exercices spirituels qu’il suit à Madrid, le bienheureux Josémaria Escriva, par inspiration du Seigneur, fonde l’Opus Dei, chemin de sanctification qui s’adresse à toute sorte de personnes, dans le travail professionnel et l’accomplissement des devoirs ordinaires du chrétien. Le nom d’« Opus Dei » est postérieur : le fondateur ne commença à l’utiliser qu’au début des années 30, même si, dès l’origine, il parlait de l’Œuvre de Dieu quand il faisait allusion, dans ses notes et ses conversations, à ce que le Seigneur lui demandait.

1930. 14 février : à Madrid, pendant qu’il célèbre la messe, Dieu fait comprendre au bienheureux Josémaria que l’Opus Dei s’adresse également aux femmes.

1933. Ouverture du premier centre de l’Opus Dei. C’est l’« Académie DYA », destinée tout particulièrement aux étudiants ; on y dispense des cours de droit et d’architecture.

1934. DYA devient une résidence universitaire. Le fondateur et les premiers membres y proposent une formation chrétienne et répandent le message de l’Opus Dei parmi les jeunes. Une partie importante de cette tâche consiste à assurer la catéchèse et l’assistance aux pauvres et aux malades des quartiers de la banlieue de Madrid. Josémaria Escriva tient toujours informé l’évêque de Madrid, qui, dès le début, approuve et bénit ces activités.

Consideraciones espirituales, le livre qui précède Chemin, est publié à Cuenca.

1936. Guerre civile d’Espagne : la persécution religieuse oblige Josémaria Escriva à se réfugier dans différents endroits. Les circonstances le contraignent à différer momentanément les projets d’expansion du travail apostolique de l’Opus Dei dans d’autres pays.

1937. Le fondateur et quelques fidèles de l’Opus Dei traversent les Pyrénées via l’Andorre, et se rendent dans la zone de l’Espagne où l’Église n’est pas persécutée.

1938. Le travail apostolique recommence à partir de Burgos.

1939. Josémaria Escriva rentre à Madrid. Expansion de l’Opus Dei dans d’autres villes espagnoles. Le début de la deuxième Guerre Mondiale empêche l’expansion dans d’autres pays.

1941. 19 mars : l’évêque de Madrid, Mgr Leopoldo Eijo y Garay, accorde à l’Opus Dei sa première approbation diocésaine.

1943. 14 février : toujours pendant la messe, le Seigneur fait voir à Josémaria Escriva une solution juridique qui permettra l’ordination de prêtres de l’Opus Dei : la Société sacerdotale de la Sainte Croix.

1944. 25 juin : l’évêque de Madrid ordonne prêtres trois fidèles de l’Opus Dei : Alvaro del Portillo, José Maria Hernandez de Garnica et José Luis Muzquiz.

1946. Le fondateur de l’Opus Dei s’établit à Rome. Au cours des années qui suivent, il se rend dans toute l’Europe, afin de préparer l’implantation de l’Opus Dei dans différents pays.

1947. 24 février : le Saint-Siège accorde sa première approbation pontificale.

1948. 29 juin : le fondateur érige le Collège romain de la Sainte Croix, où de nombreux fidèles de l’Opus Dei recevront une profonde formation spirituelle et pastorale, tout en suivant des études ecclésiastiques dans les athénées pontificaux de Rome.

1950. 16 juin : Pie XII accorde son approbation définitive à l’Opus Dei. Cette approbation permet d’admettre dans l’Opus Dei des personnes mariées et d’inscrire des prêtres du clergé séculier dans la Société sacerdotale de la Sainte Croix.

1952. Création à Pampelune (Espagne) du Studium Generale de Navarre, qui deviendra par la suite l’Université de Navarre17 .

1953. 12 décembre : érection du Collège romain de Sainte-Marie, un centre destiné à la formation spirituelle, théologique et apostolique de femmes de l’Opus Dei, originaires du monde entier.

1957. Le Saint-Siège confie à l’Opus Dei la prélature de Yauyos, au Pérou.

1965. 21 novembre : Paul VI inaugure le Centre ELIS, une initiative pour la formation professionnelle des jeunes, dans la banlieue de Rome, avec une paroisse contiguë que le Saint-Siège confie à l’Opus Dei.

1969. Rome : Congrès général extraordinaire de l’Opus Dei, dont l’objet est d’étudier sa transformation en prélature personnelle, figure juridique prévue par le Concile Vatican II, et qui semblait convenir au phénomène pastoral de l’Opus Dei.

1970. Le fondateur de l’Opus Dei se rend au Mexique. Neuvaine de prières à Notre-Dame-de-Guadeloupe. Rencontres avec des foules nombreuses, qui sont l’occasion d’une intense catéchèse chrétienne.

1972. Le fondateur de l’Opus Dei réalise un voyage de catéchèse de deux mois en Espagne et au Portugal.

1974. Voyage de catéchèse dans six pays d’Amérique du Sud : Brésil, Argentine, Chili, Pérou, Équateur et Venezuela.

1975. Voyage de catéchèse au Venezuela et au Guatemala.

26 juin : décès à Rome de Josémaria Escriva. À cette date, environ 60 000 personnes font partie de l’Opus Dei.

7 juillet : inauguration du sanctuaire de Torreciudad(Huesca, Espagne).

15 septembre : Alvaro del Portillo est élu pour succéder au fondateur de l’Opus Dei, lors du congrès qui, conformément aux statuts, a été convoqué à cette fin.

1982. 28 novembre : Jean Paul II érige l’Opus Dei en prélature personnelle, figure appropriée à sa nature théologique et juridique, et en nomme prélat Alvaro del Portillo.

1983. 19 mars : exécution de la Bulle d’érection de l’Opus Dei en prélature personnelle.

1985. Fondation à Rome du Centre académique romain de la Sainte Croix qui, en 1998, deviendra l’Université pontificale de la Sainte Croix.

1991. 6 janvier : Jean Paul II ordonne évêque Mgr del Portillo, prélat de l’Opus Dei.

1992. 17 mai : béatification de Josémaria Escriva place Saint-Pierre, à Rome.

1994. 23 mars : Mgr Alvaro del Portillo meurt à Rome, quelques heures après son retour d’un pèlerinage en Terre Sainte.

20 avril : Xavier Echevarria est nommé prélat de l’Opus Dei par Jean Paul II, qui confirme ainsi l’élection faite par le congrès général électif réuni à Rome.

1995. 6 janvier : Mgr Echevarria est ordonné évêque par Jean Paul II.
Dates du début du travail apostolique stable de l’Opus Dei dans différents pays

1946 Portugal, Italie et Grande-Bretagne

1947 France et Irlande 1949 Mexique et Etats-Unis

1950 Chili et Argentine

1951 Colombie et Venezuela

1952 Allemagne 1953 Guatemala et Pérou

1954 Équateur

1956 Uruguay et Suisse

1957 Brésil, Autriche et Canada

1958 Japon, Kenya et Salvador

1959 Costa Rica et Pays-Bas

1962 Paraguay

1963 Australie

1964 Philippines

1965 Belgique et Nigeria

1969 Porto Rico

1978 Bolivie

1980 Congo, Côte d’Ivoire et Honduras

1981 Hongkong

1982 Singapour

1983 Trinidad et Tobago

1984 Suède

1985 Taiwan

1987 Finlande

1988 Cameroun et République Dominicaine

1989 Macao, Nouvelle-Zélande et Pologne

1990 Hongrie et République tchèque

1992 Nicaragua

1993 Inde et Israël

1994 Lituanie

1996 Estonie, Ouganda, Panama, Slovaquie et Liban

1997 Kazakhstan

1998 Afrique du Sud

Source : Geocities.com



Les finances occultes de l’OPUS DEI


L’Opus Dei prétend être une « famille pauvre ». Or, d’après nos recherches approfondies sur vingt ans, on a trouvé tout un système d’oeuvres collectives, de fondations et de banques reliées entre elles au niveau institutionnel et contrôlées par des membres de l’Opus Dei. En outre, la plupart des membres célibataires de l’OEuvre exercent des professions à rémunération élevée et sont tenus de verser l’intégralité de leur argent à l’Opus Dei.

Vous voyez que je suis encore, après un demi-siècle de sacerdoce, un indigent », dit Josemaria Escrivà de lui-même. Mais il ajoute : « Mais pour nos apostolats collectifs, plus on nous aide, mieux nous servirons les âmes. »

Dans la plupart des pays, surtout en Afrique, les oeuvres collectives ne font pas recette autant qu’elles en auraient besoin pour accomplir les tâches qu’elles se sont fixées. En revanche, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et le Mexique sont des pays où il entre plus d’argent que nécessaire. Sur les 30 milliards de pesetas (environ 187 500 000 euros) acquis par l’Opus Dei espagnole en 1985, une grande partie a été envoyée à la centrale romaine, ainsi qu’en France, en Belgique, en Hollande, au Luxembourg, en Allemagne, en Suède, en Autriche et en Pologne’.

En réalité, l’Opus Dei dispose de beaucoup d’argent.

Au cours de la seule année 1975, trois milliards de pesetas (environ 18 750 000 euros) ont été mobilisés pour terminer la construction du centre spirituel à Torreciudad. En Allemagne, en Autriche et en Suisse, des sommes de plusieurs millions ont également été dépensées pour des établissements de formation.

L’une des principales sources de revenus de l’organisation semble provenir des numéraires . Ceux-ci appartiennent presque exclusivement aux élites de la société médecins, scientifiques, banquiers, industriels). Par contre, les jeunes numéraires et les directeurs d’établissements de l’Opus Dei, qui ne gagnent rien ou presque, attirent de nouveaux membres qu’ils forment par la suite. Les célibataires donnent l’intégralité de leur argent à l’organisation et ne reçoivent qu’une modeste somme d’argent de poche’.

Les surnuméraires , qui sont mariés ou peuvent l’être, contribuent aux Ouvres collectives et sont tenus de faire des dons. Eux aussi, comme leurs chefs, ont une activité professionnelle. Les coopérateurs , parmi lesquels figurent des non-catholiques, soutiennent l’Opus Dei principalement par des dons.

Si un numéraire ou un agrégé obtient son intégration juridique provisoire (Oblatio) à l’Opus Dei, il doit commencer par faire son testament. Le nouveau membre institue comme héritière une oeuvre collective de l’Opus Dei.

Selon les statuts de l’Opus Dei, celui qui quitte l’Opus Dei n’a pas le droit de demander le remboursement ou le paiement des prestations financières fournies.

Un membre célibataire de l’Opus Dei ne peut avoir un compte bancaire personnel. Tout ce qu’il gagne, il le donne au centre auquel il est rattaché. Cela concerne aussi, par exemple, les bourses que reçoivent des institutions publiques les étudiants de l’Opus Dei. Le membre célibataire reçoit de l’argent de poche chaque mois, dont il rend compte régulièrement au directeur du centre. Le centre verse l’argent restant à la Commission régionale du pays, après déduction d’un petit montant versé à l’Opus Dei à Rome - en règle générale, sur un compte de la Banque Vaticane (10R). Pour savoir à quel point le comportement financier de chaque membre est contrôlé, il suffit de lire une disposition qui figure dans le document secret de l’OEuvre, L’Esprit et les habitudes pieuses : « Entre les fidèles de l’Opus Dei, tout cadeau, si petit soit-il, est interdit. »

Il suffit d’évaluer ce que les quelques 15 000 numéraires rapportent à l’Opus Dei pour avoir une idée de la richesse de cette organisation. Si l’on considère qu’environ 10 000 numéraires exercent des professions bien payées, et que leur rémunération moyenne est de 2 000 euros (évaluation relativement basse, puisqu’à l’Opus Dei, il y a des « gros » salaires) et si l’on retire 550 euros destinés à couvrir les frais liés à l’activité des centres, on obtiendrait, rien que pour les sommes prises dans les salaires des membres, un montant de plus de 14 873 610 euros par mois. On peut aussi ajouter à ces fonds le salaire des agrégés , les dons des surnuméraires et des coopérateurs , ainsi que les revenus des « filets dorés ».

Voici un exemple : les institutions de l’Opus Dei sont le plus souvent liées les unes aux autres à travers les personnes elles-mêmes, et parfois à travers le mode d’organisation propre à l’OEuvre. Mais en raison du fait que tout est gardé secret, les interconnexions du réseau sont indécelables dans la pratique. D’ailleurs la plupart des membres de l’OEuvre ne les connaissent pas. L’existence de ce réseau n’a été révélée que par hasard, avec le cas Ruiz Mateos.

José Maria Ruiz Mateos était fondateur et dirigeant du grand holding privé espagnol Rumosa. Lorsque, il y a trente ans, l’Opus Dei a commencé à s’intéresser à lui, il s’était déjà fait remarquer par ses qualités extraordinaires de manager, notamment comme producteur de Sherry (marque Dry Sack). En 1963, il est entré à l’Opus Dei en tant que surnuméraire .

Le marchand de vin et d’alcool, à la carrière prometteuse, est alors entré en contact avec deux membres importants de l’Opus Dei : le président de la banque populaire espagnole, Luis Valls Taberner et le ministre de l’industrie, Gregorio Lopez Bravo. Plus tard, s’y sont joints le président de L’association des banques privées espagnoles, Rafael Termes Carrero et le président de la confédération des caisses d’épargne espagnoles, Sancho Dronda. "Ces trois banquiers sont des personnalités importantes au sein de l’Opus Dei. »

Ces amitiés ont permis à José Maria Ruiz Mateos de se hisser de sa situation de producteur de vin et d’alcool à celle de patron tout puissant d’un grand holding : à travers un grand nombre de rachats de sociétés, il érigea un conglomérat multinational gigantesque d’environ 600 entreprises et 20 banques, comptant 60 000 salariés. Ainsi furent créées des entreprises fantômes et réalisés des bénéfices fictifs, dont l’Opus Dei profita largement (comme José Maria Ruiz Mateos l’avouera plus tard), par des dons qu’elle extorquait à la firme.

Plus tard, sur ordre des autorités financières espagnoles, le holding eut à subir un important contrôle fiscal. En 1983, José Maria Ruiz Mateos refusa une nouvelle fois de tenir compte de l’ultimatum. ll fut exproprié par l’État espagnol pour éviter de plus graves dommages et sauver des milliers d’emplois. En effet, il se révéla que l’industriel avait endetté la Rumosa d’environ deux milliards de dollars (soit 1 875 000 000 euros).

Pendant sa détention préventive, l’homme-lige de l’Opus Dei, si puissant durant ses activités économiques, commença à éprouver quelques doutes sur la fidélité de ses anciens amis de l’Opus Dei. Il s’aperçut en fait que lui seul figurait comme accusé. De fait, pour « sauver les meubles », ses ex-amis avaient tramé une conspiration qui faisait de lui leur bouc émissaire. Mais la langue du richissime homme d’affaires se délia à mesure qu’il refusait de jouer ce jeu-là. Il affirma que trois des membres dirigeants de l’Opus Dei espagnole, Alejandro Cantero, Juan Francisco Montuenga et Salvador Nacher, lui avaient non seulement demandé de l’argent pour l’Opus Dei, et ceci à plusieurs reprises, mais en plus, Alejandro Cantero et Juan Francisco Montuenga avaient de leur côté trafiqué des devises, et lui avaient même indiqué les comptes sur lesquels l lui avait été demandé de mettre l’argent.

En mai 1986, la direction de l’Opus Dei lui fixa un ultimatum : il serait exclu de l’organisation s’il ne retirait pas ses accusations. L’industriel espagnol continua de plus belle. Il montra quinze photocopies pour prouver que des membres de l’Opus Dei et des institutions proches de l’organisation étaient profondément impliqués dans l’affaire. Il ne fut pas exclu. Toutefois le procès instruit au tribunal ne progressait pas d’un pouce. Jiménez Lablanca, le procureur, était lui-même un membre de l’Opus Dei... José Maria Ruiz Mateos l’accusa même d’être au courant des transactions frauduleuses.

Si l’on additionne les sommes dont il fut question lors de ce conflit avec l’Opus Dei - « famille pauvre » - on estime à plus de 50 millions de dollars (soit 44 620 830 euros) le montant des détournements. Selon des journaux espagnols, il ne s’agirait là que de la pointe de l’iceberg. En réalité, des sommes beaucoup plus importantes étaient en jeu. À preuve, les sommes qui ont transité de la Rumasa à l’Opus Dei. Alors que le holding était au bord de la faillite, José Maria Ruiz Mateos affirme qu’il aurait payé une nouvelle fois 1,5 milliard de pesetas (environ 9,15 millions d’euros) à l’ Instituto de Educacion e Investigacion (IEI) structure proche de l’OEuvre. Après qu’on lui ait fait remarquer qu’il s’agissait d’« une institution éducative », l’industriel espagnol répondit en ces termes : « Ah, que veut dire ici "institution éducative ! »

L’IEI est l’un de ces instituts qui furent créés en 1981 par l’Opus Dei dans le seul but de pouvoir toucher de l’argent de ses membres. Lopez Bravo n’était présent que pour prêter son nom. La somme m’a été réclamée directement par le sommet de la hiérarchie de l’Opus Dei espagnole, Alejandro Cantero et Francisco Montuenga. Lorsqu’ils me demandaient de l’argent, je leur en donnais toujours, nais je n’ai jamais su où les sommes allaient. On ne m’a jamais donné le moindre reçu. Chèques, espèces, virements bancaires : les façons de donner à l’Opus Dei sont innombrables. L’IEI n’était qu’un de ces modes. »

Bien sûr, l’Opus Dei démentit énergiquement ces affirmations. D’après elle, José Maria Ruiz Mateos aurait falsifié les faits. Et puis l’OEuvre «  ne serait pas responsable des activités libres de ses membres », selon un vicaire régional espagnol ".

Ces « activités libres », menées par des membres de l’Opus Dei dans l’esprit de l’organisation, sont pratiquement impénétrables. D’ailleurs ]’Œuvre n’en prend pas en charge la direction spirituelle, ce qui lui permet de ne pas apparaître sur le devant de la scène. Et comme les membres de l’Opus Dei sont généralement inconnus, les rapports entre ces institutions et ]’Œuvre restent le plus souvent secrets. Très souvent, les responsables «  opus-deistes  » parlent de simples fondations ou d’institutions « d’utilité publique ».

Les débuts du système des fondations de l’Opus Dei peuvent être vérifiés à la Bourse de Londres, où, en 1964, fut créée la Netherhall Educational Association, déjà citée, mais aussi, un peu plus tard, en Espagne, avec la création de la Fundacion General Mediterranea FGM, par un groupe bancaire proche de l’Opus Dei, 1’Atlantico-Bankunién. De même, en 1972, à la bourse de Zürich, fut créée la Fondation Limmat, qui, pendant le temps de floraison du holding Rumasa, se développa progressivement pour devenir le point central d’un réseau international de fondations et de banques proches de ces mêmes fondations. Or, la majorité des membres de cette fondation faisaient partie de l’Opus Dei.

La fondation a été mise en place par l’avocat zurichois Alfred Wiederkehr, qui, apparemment, n’est pas un membre de l’Opus Dei. Il fit un apport de capital de 100 000 francs suisses (soit 595 000 euros). Trois ans plus tard, malgré les baisses des cours de change, le capital s’éleva à près de 9 millions de francs suisses (soit 5 354 800 euros). La fondation Limmat « poursuit des buts exclusivement d’utilité publique et spécialement dans le domaine éducatif, à l’intérieur du pays comme à l’étranger. Elle est exempte d’impôt, puisque d’intérêt public », s’ingénient à affirmer les responsables de l’Opus Dei.

Or, Alfred Wiederkehr, qui allait devenir président du conseil de surveillance de la fondation, était président du conseil d’administration de la Nordfinanzbank de Zurich, laquelle faisait fonction de banque courante du holding Rumasa. Les transactions pour lesquelles José Maria Ruiz Mateos montra des photocopies étaient passées par la Nordfinanzbank. Ainsi Alfred Wiederkehr effectuait les paiements au moyen de banques « bidon ».

Alfred Wiederkehr était actif non seulement pour la fondation Limmat et le holding Rumasa, mais aussi dans l’empire bancaire mondial de l’Italien Roberto Calvi. Appelé « banquier de Dieu », du fait de ses affaires considérables avec le Vatican, Roberto Calvi était directeur de la plus grande banque privée italienne, la Banco Ambrosiano, qui fit faillite de façon spectaculaire en 1982. Il fut condamné à une peine de prison de quatre ans pour commerce illégal de devises. On l’a retrouvé pendu sous un pont de la Tamise à Londres. La police anglaise parla d’abord de suicide, mais plus tard, les autorités britanniques mirent en doute ces affirmations.

Avec la Banco Ambrosiano, l’IOR, la banque du Vatican, et avec elle son président, à l’époque l’archevêque Marcinkus, ont également été mis en cause. La banque du Vatican était de loin le plus grand actionnaire minoritaire dans le holding bancaire en faillite de Roberto Calvi. La police bancaire italienne qualifia même le Vatican de « responsable » en la matière. Sur quoi, celui-ci offrit, de façon surprenante et sans signer la moindre reconnaissance de dettes, un arrangement à quatre-vingt-huit créditeurs de la Banco Ambrosiano et s’entendit avec eux pour un versement de 250 millions de dollars (soit 1 500 milliards FF) ; somme sur laquelle le Vatican se fit accorder un escompte de 6 millions de dollars (soit 36 millions FF) pour paiement rapide.

Alors que ces faits sont aujourd’hui prouvés, la question reste posée de savoir comment le Vatican, qui en l’occurrence éprouvait de graves difficultés à payer ses salariés, a fait pour trouver aussi vite les sommes d’argent destinées à satisfaire ses créditeurs. On dit que les milieux de la finance de l’Opus Dei seraient intervenus et auraient exigé, en échange, de pouvoir exercer une influence déterminante sur la politique du Vatican en direction des pays communistes et ceux en voie de développement. Cette affirmation concorde avec celle de la famille Calvi, mais aussi avec celles de l’ancien patron du holding Rumasa, José Maria Ruiz Mateos. L’Opus Dei dément bien entendu cette information avec cette phrase stéréotypée selon laquelle « l’Opus Dei ne poursuit que des buts religieux et ne fait pas d’affaires à caractère commercial ».

En 1975, les Espagnols José Ferrer Bonsoms et Pablo Bofill de Quadras participèrent à des réunions du conseil de surveillance de la fondation Limmat. Dès les années 1950/60, Pablo Bofill s’était forgé en Espagne une réputation de financier de l’Opus Dei.

Lui et José Ferrer faisaient partie de la direction de la Banco Atlantico, établissement proche de l’CEuvre, dans le conseil d’administration duquel siégeait également Alfred Wiederkehr, comme l’écrit le journaliste espagnol Ernesto Ekaizer. De plus, en 1962, Pablo Bofill et José Ferrer fondèrent la Bankuniôn, une société industrielle et financière. Ainsi fut créé le groupe Atlantico-Bankunidn. Par la suite, José Ferrer demanda à la banque Hambros de participer à la Bankuninn. Bref, un système bancaire entièrement contrôlé par l’Opus Dei.

L’archevêque Paul Marcinkus, président de la banque du Vatican 10R, entretenait des liaisons avec Hambros. Il en fut de même pour Michele Sindona, un banquier sicilien, qui avait par ailleurs des liens étroits avec la mafia, et qui est mort, lui, empoisonné dans une prison italienne. Pendant un temps, Michele Sindona fut le partenaire de David Kennedy, président de la Continental Illinois National Bank et membre du gouvernement américain sous le président Nixon. Au milieu des années 1960, sous l’action de José Ferrer et de Pablo Bofill cette banque se trouvait engagée à hauteur de 15 %ci dans le capital de l’Atlantico. Précisons que ces participations furent vendues plus tard à José Maria Ruiz Mateos.

Dans ce contexte, José Mana Ruiz Mateos a exprimé un grave soupçon. Le journaliste Pietro Calderoni (note 7) relevait qu’il était quand même bizarre que José Maria Ruiz Mateos ait versé de l’argent à la IEl juste au moment où il avait les pires ennuis avec IOR. Il voulut savoir s’il y avait un rapport entre les deux. José Maria Ruiz Mateos répliqua : « Ça, je ne peux pas vous le dire. Ils ne m’ont rien dit. Je n’ai jamais eu de rapports avec les membres de l’IOR. Cependant, je pourrais une fois leur poser la question ou en tout cas les amener à réfléchir à ceci : ’ Ne vous semble-t-il pas étonnant que cette prélature, si fortement désirée mais refusée des années durent à l’Opus Dei, ait été accordée par le Vatican précisément en cette année 1982 ? Est-ce que cela pourrait être une revanche pour quelque chose d’autre, pour un service rendu par exemple ? ’ Comme je l’ai dit, je les invite à réfléchir. »

La base de l’Opus Dei ignore tous ces entrelacs. Beaucoup de membres ne les voient pas, et peut-être même ne veulent-ils rien savoir. Pour eux, l’OEuvre fait bien ce qu’elle fait. Leur Opus Dei n’a rien à voir avec les tractations de ce monde. Ils veulent vivre leur foi jusqu’au bout, et ils servent l’OEuvre sans se faire remarquer, jusqu’à se renier eux-mêmes.

Cet engagement religieux est admirable. Mais, de l’extérieur, on ne peut pas ne pas se rendre compte que la structure intérieure de l’Opus Dei ressemble à celle des organisations secrètes, dont les composantes sont cloisonnées les unes par rapport aux autres : que ton oeil droit ignore ce que voit ton oeil gauche, et a fortiori, que tes yeux ignorent ce que font tes mains ou tes pieds ; seul le cerveau sait tout ce qui se passe dans ton corps .

L’Opus Dei fonctionne de cette manière. D’autant qu’elle se distingue des autres organismes séculiers par le fait qu’elle possède, à travers ses statuts, une théologie, officiellement approuvée par l’Eglise, qui prône la séparation des domaines spirituels et temporels. Avec cette théologie, les ramifications deviennent invisibles et reçoivent ainsi leur légitimation. Le membre de base est donc protégé aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’organisation. Seul le sommet est en droit de connaître toutes les connexions de l’OEuvre.

Alberto Moncada, un ancien membre de l’Opus Dei, déclara en 1990, lors d’un congrès international de sociologie à Madrid : « Depuis les années cinquante, les membres s’entraident dans des affaires publiques et privées, nomment des collaborateurs et des gens de confiance faisant partie de leur milieu, ouvrent leurs comptes dans des banques sympathisantes, et, comme on l’a vu à l’occasion du scandale Rumasa, utilisent les relations de l’Opus Dei pour dynamiser le business des hommes d’affaires. Cela ne diffère en rien de la pratique des autres organisations de ce genre. Rien donc de spécial dans le circuit du capitalisme occidental, mais une stratégie quelque peu déconcertante pour les catholiques honnêtes qui attendraient par exemple une présence plus significative de l’Opus Dei dans le domaine de la morale publique. »" juillet 1990 (manuscrit dans les documents du congrès).

Et Alberto Moncada de tirer la conclusion suivante : « La contribution des hommes politiques, des professionnels et des hommes d’affaires de l’Opus Dei au renforcement de la version primitive du capitalisme s’établit de façon concrète dans l’histoire contemporaine de pays comme, par exemple, l’Espagne et le Chili. Elle s’inscrit dans une logique de complicité entre le capital et les intérêts de l’Église, relation qui est dénoncée par les prophètes de la Bible. »

Le cas Ruiz Mateos n’est malheureusement qu’un exemple parmi d’autres. Il fut découvert au hasard par des experts-comptables espagnols. Depuis, dans son pays d’origine, l’Opus Dei est appelée Santa Mafia.

L’objectif de cet ouvrage est donc de fournir la preuve que la séparation intégriste prônée par l’Opus Dei entre la nature et le surnaturel, la politique et la religion, l’argent et l’apostolat, est pure fiction. ll est indéniable que l’Opus Dei a besoin d’un solide capital pour financer ses activités.

Mais prétendre que les méthodes utilisées par les membres de l’organisation pour s’enrichir ne regardent pas l’Opus Dei parce que ce sont des affaires privées, est une chose inacceptable. En effet, les membres professionnellement actifs s’entretiennent en permanence avec les directeurs spirituels de l’Opus Dei.

Posons donc une simple question : selon quels critères les membres de l’Opus Dei financent-ils - pour s’en référer aux propos figurant dans le Vademecum - leur « entreprise surnaturelle » (selon Josemaria Escriva) et son apostolat ?

Source : Golias.fr




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Date de création : 10/09/2008 - 11:45 AM
Dernière modification : 21/02/2009 - 02:31 AM
Catégorie : Groupes Religieux
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