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Les clans dirigeants - Les Bush
Bien que datant un peu, et toutes les sources n'étant pas ma tasse de thé, voici quelques articles qui donnent une belle vue d'ensemble de cette famille haute en couleurs... 30.01.03 Les Bush, une dynastie guerrière par Fabrice Nicolino La famille Bush est au cœur d’inavouables secrets qui mêlent le pétrole, les armements, la guerre. Un livre d’Éric Laurent relate l’histoire de ce clan et permet de faire le point sur les faces cachées de la guerre contre l’Irak. Qui sont les Bush ? Quels intérêts se cachent derrière une dynastie qui ne porte pas son nom, mais qui existe bel et bien ? (.../...) Dans la famille Bush, on commencera par l’arrière-grand-père de l’actuel Président, Samuel. Propriétaire d’aciéries au début du XXe siècle, il devient directeur de la Federal Reserve Bank de Cleveland, puis conseiller du Président républicain Herbert Hoover. Son fils Prescott, avant de jouer au golf avec Eisenhower et de devenir sénateur républicain du Connecticut (de 1952 à 1962), mène une fort belle carrière de banquier à Wall Street. Magnifique même : il sera vice-président de la plus grosse banque d’affaires américaine de l’époque, Harriman and Co. Et quelles affaires ! Prescott Bush monte un partenariat avec le sidérurgiste allemand Thyssen, futur nazi militant. L’arrivée de Hitler au pouvoir n’y change rien : l’ami Prescott devient le directeur de l’Union Banking Corporation, où des cadres nazis siègent au conseil d’administration. Il faut attendre le 20 octobre 1942, après l’entrée en guerre des États-Unis, pour que l’administration Roosevelt fasse saisir les biens de la banque pour « commerce avec l’ennemi ». Prescott a peut-être fait mieux encore en siégeant au conseil d’administration de la Silesian-American Corporation, saisie, elle, le 8 novembre 1942 et qui faisait travailler dans ses mines de charbon et de zinc, en Pologne et en Allemagne, des prisonniers des camps de concentration. Passons au père, George, qui à vingt ans - en 1944 - échappera de bien peu à la mort, son avion ayant été abattu par les Japonais au-dessus du Pacifique. Les banquiers aiment avoir deux fers au feu, parfois bien plus. George est un bon garçon, qui fera fortune dans le pétrole, aidé par papa. En 1953, il crée la Zapata Petroleum - dont le nom a été inspiré du film Viva Zapata !, ces gens ont de l’humour -, avant de se lancer dans la politique en 1962. Malgré de nombreux échecs électoraux, George devient en 1976 le chef de la CIA, ce qui n’est pas si mal. Deux personnages, Dick Cheney - aujourd’hui vice-président - et Donald Rumsfeld - l’actuel ministre de la Défense - sont là, non à la CIA, mais à des postes significatifs de l’administration. Ce sont déjà des faucons, partisans de la force sur la scène internationale. George est un homme du secret. Quel rôle jouera-t-il dans l’extraordinaire histoire de la Banque de Crédit et de Commerce International, la si fameuse BCCI ? Rappelons que la BCCI entretenait un « réseau noir » d’environ 1 500 personnes spécialisé dans l’extorsion de fonds, le chantage, le kidnapping, le meurtre. En vingt années d’existence - elle ferme en 1991, laissant un trou d’environ 10 milliards d’euros -, la banque aura eu pour clients les principaux barons latino-américains de la drogue, le dictateur panaméen Manuel Noriega - agent par ailleurs de la CIA -, Marcos et Duvalier, Abou Nidal, le Ben Laden des années 1980, et peut-être même Ben Laden en personne, à l’époque très engagé dans la guerre en Afghanistan, sur fonds américains. La BCCI a-t-elle été une création de la CIA ? Celle-ci s’est-elle contentée, ce qui est prouvé, d’utiliser ses distingués services pour mener ses guerres clandestines, notamment contre le Nicaragua sandiniste ? N’importe : George est un orfèvre de la dissimulation, de la désinformation, du rideau de fumée. Et notons ce petit détail : dès 1976, il vend plusieurs avions dont la CIA n’a plus l’usage à un certain Jim Bath, un agent de la CIA qu’il a lui-même recruté et qui possède en partie une compagnie de charters. L’autre propriétaire de la Skyways Aircarft Leasing, Khalid Ben Mahfouz, est un personnage clé du régime saoudien et deviendra une dizaine d’années plus tard - tant de fils, qui tous se croisent ! - actionnaire de la BCCI. Bath n’est pas seulement l’associé de Ben Mahfouz, mais aussi celui du clan familial Ben Laden, lequel est de longue date un fort puissant groupe industriel saoudien, pesant des milliards de dollars. Il n’est que temps de parler de notre héros favori, W. En ce milieu des années 1970, disons le mot, c’est un raté. En 1978, il se prend une claque géante en se présentant au Congrès, et il boit. Heureusement, Jim Bath, l’ami de papa, est là. En 1979, W. rebondit en lançant une société pétrolière, Arbusto Energy, dans laquelle Bath prend 5 %. C’est le début d’une longue série de déconfitures. Arbusto perd beaucoup d’argent, ne trouve pratiquement pas de pétrole, change de nom, fusionne dans de renversantes conditions, pour être finalement racheté. À chaque étape, la société perd de l’argent, beaucoup d’argent, mais pas W., qui en gagne, beaucoup, à chaque étape. L’ombre de la BCCI plane sur ces menues péripéties. Cherchez l’erreur. Les relations entre la famille Bush - George en l’occurrence - et l’Irak de Saddam ne commencent pas si mal. En 1982 - George est le vice-président de Reagan -, les États-Unis se lancent dans un soutien massif au régime de Bagdad. La guerre avec l’Iran khomeiniste, qui a débuté en 1980, tourne au désastre pour l’Irak, ce qui inquiète au plus haut point les Américains. On livre en secret du matériel militaire, dont des hélicos Bell, qui serviront à gazer - 5 000 morts - la population kurde de Halabaya en 1988. L’Irak n’est pas encore le mal, visiblement. Pendant des années, George est au coeur des dispositifs de soutien à Saddam Hussein, qui passent par des prêts financiers massifs et souvent illégaux, comme le démontre le scandale de la Banca Nazionale del Lavoro (BNL), en 1989. Entre-temps, George est devenu Président et l’un de ses hommes-liges, Brent Scowcroft, est chef du Conseil national de sécurité. Ses liens avec la BCCI d’un côté et la BNL de l’autre sont avérés. À ce moment clé - la fin de 1989 -, l’Irak, saigné par huit ans de guerre contre l’Iran, doit des dizaines de milliards de dollars à ses créanciers occidentaux, qu’il n’a aucune chance de pouvoir rembourser. Grisé par les extraordinaires moyens militaires octroyés par les États-Unis - et la France -, intoxiqué par des années d’une collaboration étroite, encore que cachée, avec Washington, Saddam a-t-il pu croire que Bush le laisserait attaquer le Koweït, et mettre ainsi la main sur son pétrole et l’accès aux eaux du Golfe persique ? La question est ouverte. On découvrira en tout cas en 1992, par une enquête officielle du Sénat américain, que de 1985 à 1989, au moins soixante et une livraisons de cultures biologiques, dont de l’anthrax - de l’anthrax ! -, ont été expédiées en Irak. Fournisseur : une société américaine installée près du laboratoire de Fort Detrick, sous contrôle de l’armée américaine. On passera hélas sur quantité d’épisodes pourtant passionnants, comme la transformation de George, après l’élection de Bill Clinton, en VRP de l’entreprise Carlyle, sur fond de contrats d’armements, d’équipements industriels ou pétroliers et de rencontres avec la famille Ben Laden (1). Lire la suite dans Politis n° 736 La Guerre des Bush, Éric Laurent, Plon, 18 euros. (1) Voir à ce sujet l’enquête de François Missen dans Politis n° 722. Source : Politis.fr 23.10.04 La Saga des Bush Dans la famille, point n'est besoin d'être premier de la promo pour profiter de tous les bienfaits de sa classe sociale. Quarante ans que ça dure... Voilà un parterre impressionnant. Des riches et des plus riches encore. Certains vous appellent l'élite. Moi, je préfère vous baptiser "ma base"», triomphait récemment George Bush lors d'un cocktail, à New York, réunissant des bienfaiteurs pleins aux as du Parti républicain. On pourrait déceler là un cynisme indépassable et l'aveu que, pour«Dubya», la défense de l'intérêt général consiste à combler de faveurs, toujours plus, cette«base»dorée sur tranche. En fait, on passerait probablement à côté de l'essentiel. Le rival de John Kerry a tellement grandi dans l'impression que le pouvoir revient de plein droit aux gens de son espèce qu'il est incapable de s'aviser de l'impudence obscène de cette déclaration. Il a, en effet, hérité, dès l'âge tendre, de l'idée qu'il n'y a rien d'immoral à s'enrichir aux dépens de la nation. «Avant l'arrivée des Bush, on n'avait jamais vu un aussi grand nombre de frères et d'enfants impliqués dans ce qui ressemble à un racket sans fin» , s'insurge l'éditorialiste (républicain...) Kevin Phillips. «Tout ce qu'ils obtiennent est perçu comme un dû», insiste Ronald Reagan Jr, le fils de l'ancien président (républicain...). D'où la sincère indignation du président sortant lorsque Kerry l'accuse d'avoir, comme jamais, divisé l'Amérique et galvanisé, partout, la hargne anti-yankee par une ahurissante accumulation de bourdes stratégiques. Peut-on demander à l'homme le plus puissant de la planète, qui peut, demain, mettre enjoué l'Iran ou la Syrie, d'être comptable de ses actes, lorsque sa vie n'a été qu'un long apprentissage de l'irresponsabilité et une esquive réussie de la minute de vérité.« George Bush dispose d'une très grosse résistance au risque, qu'il s'agisse de l'Irak ou des dégâts budgétaires, euphémise l'un de ses ex-conseillers. Il agit comme quelqu'un qui part d'un seul principe : on rattrapera toujours ses erreurs.» Chez lui, la décontraction morale, propre aux bien argentés, telle que la définit l'écrivain Scott Fitzgerald, est une seconde nature.«Ces gens étaient insouciants. Ils démolissaient les choses et les êtres, puis se repliaient, ensuite, sur leur richesse. Ils laissaient à d'autres le soin de déblayer le chaos qu'ils avaient laissé», écrit l'auteur de Gatsby le Magnifique. Ecolier obtus, étudiant sous-doué puis homme d'affaires failli, l'actuel président aura, quand même, excellé dans Fart de la tangente, car ses bévues ne seront jamais payées comptant. Ce droit régalien à l'erreur sera même le trait marquant de ses quarante premières années d'existence, d'autres se chargeant de ramasser les morceaux. Le tout assorti d'un réel talent pour endosser diverses défroques, du dur à cuire texan, mâcheur de chique, à l'audacieux businessman et au pilote de jet. «Mes instructeurs m'ont sélectionné parce qu'ils ont compris que j'avais l'étoffe nécessaire pour devenir un pilote d'exception», déclarait-il, sans rire, en 1968, au reporter du Houston Chronicle, lors de son séjour intermittent sous l'uniforme. Le pistonné de Yale Son passage à Yale, le Cambridge américain, vaut qu'on y revienne, car il y a réuni tous les ressorts cachés de sa future ascension. Un père discret, mais efficace, qui intervient auprès du conseil d'administration de l'université pour que son fils aîné, en dépit de l'insigne médiocrité de ses notes, soit accepté dans ce haut lieu de l'élitisme.« Ce qui me gêne, c'est moins que George ait consommé, à l'époque, des substances illicites, que son singulier manque de substance, ironise son ancien condisciple Tom Wilner. Il ne voyageait pas, ne lisait pas les journaux et n'allait même pas au cinéma.» Sans parler d'une condamnation pour conduite en état d'ivresse, promptement effacée de son casier judiciaire grâce à l'intervention de papa Bush. Son parti pris d'ignorance ne l'empêche pas, quand même, de fulminer contre les« pédales progressistes» qui mobilisent le campus contre la guerre du Vietnam. Il a surtout un sens réel du contact qui fait qu'il retient tous les noms propres, un trait qui l'aidera puissamment dans sa carrière politique. Admis à Harvard, là encore, par protection, George Bush fignole son personnage de dur en carton-pâte qui boit sec, brûle les feux rouges et met un point d'honneur à s'exprimer par onomatopées. Ses camarades de promotion se souviennent d'un bafouilleur chronique, avachi sur sa chaise, qui s'efforçait de choquer les« pisse-froid du Massachusetts», en crachant du jus de chique dans un gobelet en carton. «Il était là pour se préparer. A quoi ? Il n'en savait rien», résume Al Hubbard, ancien de sa promo.«Boy George»répète, alors, avec application les préjugés glanés autour de la table familiale. Discrètement antisémite, son grand-père Prescott tenait le président Franklin Roosevelt pour un snob bolchévisant, et George Ier, son père, professe une horreur égale du mouvement pour l'intégration raciale. Bardé de parti pris, le futur vainqueur d'Al Gore ne songe pas encore à revêtir la défroque du« conservateur compatissant». «Un jour, se souvient Yoshi Tsurumi, son professeur d'économie, j'ai décidé de projeter à mes étudiants les Raisins de la colère, le chef-d'oeuvre de John Ford sur la dépression des années 30. A la fin de la projection, Bush est venu me voir et il m'a demandé : "Qu'est-ce qui vous prend de nous montrer un film coco ? Les gens sont pauvres parce qu'ils sont paresseux"»... La reproduction de la richesse Car percer Bush, c'est, en fait, comprendre le mode de reproduction de la richesse dans sa dynastie, et l'état d'esprit qu'elle induit. «Les Bush, résume le journaliste Kevin Phillips, ont toujours laissé dans leur sillage des entourloupes en série, avec abus de confiance, actionnaires en fuite et délits d'initié.» On objectera qu'ils ne furent pas les seuls à tenter de rentabiliser l'accession de l'un des leurs à un poste éminent. Le frère de Richard Nixon, Donald, obtint ainsi un prêt de 200 000 dollars du milliardaire Howard Hughes pour tenter de lancer une chaîne de fast-foods, les Nixon Burgers. Billy Carter, le cadet de Jimmy, s'improvisa brasseur, sans plus de succès, grâce à un«don»de 250 000 dollars du gouvernement libyen pour qu'il plaide la cause kadhafiste auprès de son aîné. Du bricolage comparé à la tarification systématique par le clan Bush de son accès direct au Bureau ovale. Prospection pétrolière, fret aérien, spéculation immobilière, boursicotage... Aussi opiniâtres que multicartes, ces Fregoli du bigbusiness donnent dans tous les genres. Seule constante : leur nom en forme de sésame leur vaut, même en cas d'échec, de retrouver de l'argent frais après avoir, en général, laissé aux contribuables le soin de régler leurs impayés. Frère cadet de«Dubya», Jeb Bush décide ainsi de s'installer à Miami pour s'essayer à la promotion immobilière. «J'ai appris le boulot à la dure», prétend-il. En fait, le promoteur d'origine cubaine Armando Codinafait de lui, d'entrée de jeu, son partenaire sans qu'il ait à investir 1 dollar dans leur association. Il promet illico au fils du président qu'il touchera 40 % des bénéfices réalisés sur chaque opération ! Car Cordina a surtout besoin d'un comparse bien placé pour tirer d'embarras ses acolytes, des millionnaires anticastristes en délicatesse avec la justice, tel Miguel Recarey,«bienfaiteur»en Floride du Parti républicain. Celui-là était accusé d'avoir extorqué 13 millions de dollars de prestations et de médicaments à Medicare - l'équivalent de notre Sécurité sociale - pour revendre, via ses propres officines, des soins médicaux aux contras nicaraguayens. Jeb s'adressera au ministre de la Santé pour lui obtenir une«dérogation». Des relations gênantes Sa providentielle intervention n' évitera pas à Recarey une fuite précipitée au Venezuela après qu'il eut remis au frère de George Bush un pourboire de... 250 000 dollars pour l'avoir aidé, prétendit ce dernier, à trouver un immeuble où abriter ses bureaux ! Aujourd'hui, l'ex-obligé du gouverneur de Floride est toujours recherché par le FBI pour corruption active, détournement de fonds, racket et obstruction à la justice. Empressé à secourir les boutefeux de l'anticastrisme, Jeb Bush multipliera aussi les coups de fil au ministère de la Justice pour adoucir le sort d'Orlando Bosch, un terroriste d'extrême droite impliqué dans l'assassinat à la voiture piégée du Chilien Orlando Letelier, ex-ministre de Salvador Allende. Le futur gouverneur de Floride obtiendra sa mise en liberté conditionnelle, un exploit qui garantira la popularité des Bush chez les Cubains de Floride, alliés incontournables dans la course au pouvoir. Les incursions de Neil Bush, petit dernier de la famille, dans le bigbusiness ne sont pas plus édifiantes. Installé à Denver, le benjamin du clan décide de créer JNB Exploration, sa propre affaire de prospection pétrolière, au début des années 80. Il ne met au pot que 100 malheureux dollars, car ses partenaires tablent sur son pedigree pour attirer de riches bailleurs de fonds. De fait, Kenneth Good et BillWalter, deux businessmen locaux, injectent sans tarder 1 million de dollars dans l'entreprise,«même si, dit la rumeur, le petit Bush est tellement néophyte qu'il ne trouverait pas une bouteille d'essence dans une station-service». Décidément populaire, l'insignifiant Neil entre, dans la foulée, au conseil d'administration de la banque d'affaires Silverado Savings, «pour, clame-t-il, consolider [ses] racines à Denver». Cette cooptation inespérée sera la cause de sa chute. Durant les trois années qui suivent, le petit frère de«Dubya»encourage la Silverado à accorder pour 200 millions de dollars de prêts à Walter et Good, en taisant, bien sûr, qu'ils sont copropriétaires de sa propre compagnie. Un classique conflit d'intérêts dont les Bush ont l'habitude. Tout se gâtera lorsque JNB Exploration épuisera sa trésorerie dans de fumeux projets de prospection en Argentine, provoquant, du même coup, la faillite de la banque et la ruine de centaines de petits épargnants. Poursuivi pour abus de confiance, Neil Bush n'eut finalement à débourser que 250 000 dollars de frais judiciaires et de dommages et intérêts pour avoir saigné ses banquiers à blanc. Et encore, Lee Ashley, un ami de la famille, se chargera de régler l'ardoise «pour, dit-il, faire plaisir au président».«George Bush et ses frères auront donc bâti l'essentiel de leur fortune sur la bienveillance que les hommes riches manifestent, en général, aux enfants d'hommes politiques influents», résume le journaliste Richard Cohen. La négation du fameux«rêve américain»de réussite par soi-même, constamment invoqué par l'actuel président. Au moins Bush Jr évitera, lui, toujours d'éventuelles retombées légales en choisissant des associés résignés, d'avance, à investir à fonds perdus. Du financier texan Philip Uzielli, qui subventionne, en 1984, à hauteur de 1 million de dollars ses tentatives de trouver« the great liberator», le mirobolant gisement qui lui garantirait une retraite dorée aux Bahamas, au sauvetage, trois ans plus tard, de Spectrum 7, sa firme de prospection pétrolière, épargnée de la faillite par sa fusion avec Harken,« l'une des entreprises les plus mystérieuses à avoir foré le sol texan», écrit la journaliste Molly Ivins. Les actionnaires saoudiens d'Harken renfloueront Junior, car ils sont soucieux d'avoir un accès direct à la Maison-Blanche. Bonne pioche, puisque la firme décrochera un contrat d'exclusivité avec le sultanat de Bahreïn grâce aux discrètes pressions de Bush père sur le Département d'Etat. Un coup juteux, annulé par l'irruption, pendant l'été 1990, de l'armée irakienne au Koweït. Pour maquiller la dégringolade de ses actions, la direction d'Harken camoufle en bénéfices les fonds rapportés par la vente de sa filiale, Aloha Petroleum. Bien inspiré,«W»se débarrassera, lui, de la totalité de ses stock-options avant qu'elles ne fassent le grand plongeon. La Security And Exchange Commission (l'équivalent de la Commission des opérations boursières française) le lavera du soupçon de délit d'initié. Mais il n'échappera pas à grand monde, aux Etats-Unis, que le président de l'instance de surveillance avait été nommé par Bush père et qu'elle avait, au surplus, le même avocat que Bush Jr... «Tout ce que je peux vous dire, c'est que, dans le monde de l'entreprise, tout n'est pas tout blanc ou tout noir», conclura, philosophe, le futur président, adversaire résolu de tout manichéisme dès qu'il s'agit de sa réputation. Lassé des aléas de la prospection pétrolière, Bush décide alors de renouer avec ses amours d'enfance, en entrant dans le capital des Texas Rangers, une légendaire équipe de base-bail dont les actionnaires ne sont pas mécontents, eux non plus, de s'offrir un fils de président («Les textes des cartes à l'effigie des joueurs sont la seule chose que je l'ai jamais vu lire», déclarait son père !). En plus des bénéfices à venir, il veut aussi accroître sa«visibilité», car il caresse le projet de se faire élire gouverneur du Texas, seul poste, pense-t-il, où il pourra donner la pleine mesure de ses talents. «Je tiens, déclare-t-il, à ce que les gens me voient assis sur les gradins, mangeant les mêmes pop-corn et pissant dans le même urinoir qu'eux!» Ce soudain accès d'égalitarisme ne lui interdit pas de songer à ses intérêts. Nommé administrateur du club, il extorque à la municipalité d'Arlington la construction d'un stade de 190 millions de dollars, financé pour l'essentiel par une augmentation des impôts. Cet effort héroïque des contribuables fera passer la valeur du club de 86 à 138 millions de dollars. Le futur avocat de la taxation minimale pour les plus riches empochera, lorsqu'il revendra ses parts, un bénéfice net de 15 millions de dollars ! Désormais, à l'abri du besoin,«W»décide de s'acheter une conduite après des années de dissipation. La légende bushiste prétend que le célébrissime pasteur Billy Graham, autre ami de la famille, aurait convaincu ce soiffard incorrigible d'adopter le régime sec. On peut soupçonner ses conseillers en com d'avoir introduit Graham dans le tableau parce qu'il est le prédicateur d'élection de l'Amérique conservatrice. Certains de ses biographes proposent une version de cette rédemption moins prestigieuse, mais plus pittoresque. Bush aurait vu la«vérité»grâce au révérend Arthur Blessitt, sorte de mage itinérant, couronné par le Livre des records pour avoir traîné une croix à roulettes de 48 kg à travers une soixantaine de pays. «Je voudrais vous interroger sur Jésus-Christ, lui aurait dit Bush. -Je vais vous expliquer ce qu'il faut faire pour avoir l'assurance d'être sauvé», aurait rétorqué l'homme à la croix. Miséricorde pour mes pairs En tout état de cause, le«marathonien de Dieu»oublia d'insister dans sa harangue sur les bienfaits du pardon et de la charité, ces deux vertus cardinales. Bush le second ne réserve en effet sa miséricorde qu'à ceux qui figurent dans sa tranche d'imposition. Elu, en 1994, gouverneur du Texas, il autorisera ainsi 152 exécutions capitales, un record dans l'histoire de l'Etat. A chaque recours en grâce, il devait cocher la case«accordé»ou«rejeté»après un exposé lapidaire d'Alberto Gonzalez, son conseiller juridique. Une seule fois, en six ans, il usera de ce droit. Là encore, on a affaire au même processus psychique qui aboutit au déclenchement de la guerre d'Irak. Il s'agit de fignoler, sans souci des conséquences, sa réputation. D'avoir l'air d'un dur, vacciné contre le doute par la conviction que d'autres régleront, plus tard, l'addition. L'exécution de Caria Tucker, une jeune droguée qui avait commis un double assassinat, donne la mesure de sa grandeur morale. Incarcérée depuis quatorze ans, Tucker était devenue une prisonnière modèle que même le redoutable Pat Robertson, télévangéliste fétiche de la «Bible Belt», avait prise en pitié. Même la supplique du pape n'ébranlera pas notre born again Christian qui ordonnera, le 13 février 1998, l'exécution de la jeune femme. Et le compte rendu qu'il donne de son prétendu débat intérieur se passe de commentaire. Interrogé par un journaliste sur le contenu de l'ultime appel à la clémence de la condamnée,«Dubya»croit humoristique de la singer. «Elle m'a dit: "Je vous en supplie, ne me tuez pas"», miaule-t-il en se tordant les mains... C'est dire que, comme sa «passion pour les livres d'histoire», son sauvetage spirituel est, avant tout, un leurre destiné à abuser le chaland. Bien réel, par contre, sera le recours de George W. Bush à la calomnie dès qu'il se sentira l'étoffe d'un président. John McCain, son rival pour l'investiture républicaine lors des élections de 2000, en sait quelque chose. A coups de démarchages téléphoniques, d'associations bidons et de messages électroniques dont il était impossible de retrouver la source, le camp bushiste expérimentera contre lui, lors des primaires de Caroline du Sud, des méthodes qui seront perfectionnées plus tard, lors de la campagne contre John Kerry. Campagne diffamatoire On accusera, en vrac, McCain d'être homosexuel, d'avoir abandonné sa femme, d'être toxicomane, d'avoir des relations avec la pègre et des enfants avec une prostituée noire... Promu stratège en chef de l'offensive bushiste, le tout-puissant Karl Rove insinuera même que le long séjour du sénateur dans une prison nord-vietnamienne lui avait troublé l'esprit et qu'il était sujet à de meurtrières bouffées de paranoïa. De quoi ôter l'envie de lui confier la haute main sur l'arsenal nucléaire si, par malheur, il était élu président. «J'ai déjà vu des coups bas en politique, mais jamais une pareille accumulation d'insanités», s'indigne Terry Haskins, porte-parole de la Chambre des représentants de Caroline du Sud. McCain à terre,«Dubya»tentera, comme à l'accoutumée, de jouer les nobles coeurs en l'étreignant longuement devant les caméras, lors la proclamation des résultats. «Epargnez-moi ce genre de conneries et ôtez vos sales pattes de là», rétorquera, en direct, l'ancien héros du Vietnam. « George W. Bush a un problème d'accoutumance, mais ce n'est pas de cocaïne qu'il s'agit. Il est accro à Harken, à Monsanto, à Dow et à Union Carbide », écrit la journaliste texane Molly Ivins. De fait, son administration aura réussi le prodige de faire que les plus riches se plaignent de l'être trop ! Les milliardaires Bill Gates et Warren Buffett ont ainsi dénoncé, dans une lettre ouverte, la mise aux enchères de l'intérêt général. «La lutte des classes a repris aux Etats- Unis, et grâce à George Bush, conclut leur missive, ce sont des gens comme nous qui sont en train de la remporter.» De fait, contrairement à ce qu'affirme le gouvernement, près de la moitié des abattements fiscaux ont bénéficié au 1 % des Américains les plus prospères, alors même que 36 millions vivent au-dessous du seuil de pauvreté.« Quatre-vingt-douze millions d'entre vous vont garder, en moyenne, dans leur poche 1 000 dollars supplémentaires», exultait le président, dans son dernier discours sur l'état de l'Union. Les deux mots importants sont, bien sûr,«en moyenne», qui permettent de camoufler l'incroyable disparité de ces dégrèvements, dont 75 % des ménages n'ont pas bénéficié. En fait,«Boy George»est en passe de réaliser un rêve caressé par la fraction la plus rétrograde du patronat, depuis l'adoption de la progressivité de l'impôt : la taxation exclusive du travail salarié et l'abolition de tous les prélèvements sur les revenus du capital. Détail symptomatique, George Bush a nommé à la tête de l'organisme fédéral chargé de collecter l'impôt (et de sanctionner la colossale évasion fiscale) un certain Amo Houghton, héritier de la firme Corning Glass. Le formulaire décrivant son patrimoine représente, dit-on, plus de 350 pages, écrites en petits caractères ! « Ce qui m'horripile à propos des bourgeois de gauche, c'est qu'ils se sentent coupables d'être nés du bon côté», fulminait«Dubya», du temps où il usait ses fonds de jeans à Harvard. On lui concédera que, sûr d'avoir hérité du pouvoir, par droit d'aînesse, il est indemne de ce déplorable travers. Qu'il s'agisse de l'Irak, de la santé publique ou du débat sur le mariage gay, il a, au contraire, montré une impressionnante aptitude à tout savoir même lorsqu'il ne comprenait rien. «Quand j'entrerai en Irak, je ne tirerai pas, clamait-il, un missile de 2 millions de dollars sur une tente vide ou sur le cul d'un chameau. Vous verrez que ce sera une attaque décisive»! On a vu... Eric Dior Source : Marianne2 Date de création : 09/09/2008 - 6:15 PM
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